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mercredi, 08 novembre 2006

LE CHIEN [Nouvelle n°10 - FIN]

TOUTES MES NOUVELLES  sont là!

(suite & fin)

L’angle de vision de Lucien ne lui permettait pas d’apercevoir l’occupant de l’attelage, il ne voyait que la face avant du tiroir-rangement. Par contre, il se sentait de plus en plus lourd, comme écrasé par les infiniment petites, mais très nombreuses particules d’air qui l’entourait. Finalement, le meuble passa devant le fauteuil où était affalé le livreur, il put voir le chien.

medium_chien3.1.2.jpg Lucien avait déjà vu des statues de chien, peintes de couleurs vives, enduites d’un vernis brillant et avec un trou au milieu du crâne, pour y déposer les parapluies. Il en avait déjà vu chez des clients, dans des bistrots, mais jamais de ce genre, tout en plâtre, avec un tube en plastique transparent, d’un diamètre de quinze millimètres, qui sortait de la bouche et pendait dans le vide, sur vingt centimètres environ.

Le plâtre recouvrait l’animal des oreilles aux pattes. Il était scellé à la base du compartiment — duquel avaient été ôtées les planches des côtés. Il épousait maladroitement le corps du chien, que Lucien devinait vivant, par endroits l’enduit semblait avoir été étalé grossièrement à la truelle et à la main.

Il y avait deux trous à la hauteur des yeux et… deux yeux derrière. Deux barres en acier chromé de huit millimètres de diamètre traversaient la gueule de l’animal de part en part ; sans doute destinées à ressouder quelques éléments osseux au niveau de la mâchoire ou de la base du crâne.

La fille avait arrêté l’attelage devant Lucien, elle s’accroupit afin d’extraire un tiroir placé sous la base du socle, il contenait les déchets organiques que la bête se payait encore le luxe de léguer à la communauté. Ils furent transvidés dans un sac en plastique qui lui-même rejoint la poubelle qui était sortie du mur à l’appel de son nom, il fallait crier « Poubelle! » et elle sortait de sa planque.

— Mais, c’est quoi ? demanda Lucien, qui, pris sur le fait par la stupeur — stupéfait, en un seul mot — ne put prononcer une phrase plus élaborée.

La fille lui expliqua que c’était une poubelle inventée par son père, elle reconnaissait exclusivement leurs trois voix. Il y avait un micro réglé sur leurs fréquences vocales qui déclenchait un électroaimant… Mais, Lucien lui fit savoir qu’il s’interrogeait plutôt sur la chose dans la boîte, là, posée sur des roulettes.

— Lui, mais c’est notre chien, bien sûr, enfin ce qu’il en reste.

Le père prit le relais.
— Ce chien est vieux, il est arrivé lorsque notre fille avait six ans, c’est pour dire qu’il
fait vraiment partie de la famille... on ne peut pas le laisser tomber, c’est comme un enfant : on ne peut pas abandonner un enfant, sous peine d’apparaître comme un monstre. Il est le quatrième élément, le quart de la totalité ; bien sûr qu’il est encore vivant dans sa coquille, sinon il n’y aurait rien dans le tiroir inférieur, ça vous économise une question.

Lucien tenta une plaisanterie, il demanda ce qui avait poussé cette bête à tenter de mettre fin à ces jours ; mais c’était lourd, la bouche du type prit la forme d’un Ô, l’affaire faisait encore mal, c’était visible, palpable, indéniable.

La mère rompit, à coups de mots, le silence qui essayait de s’installer après cette malheureuse tentative, elle raconta une histoire, celle de la famille et du chien, simplement.

Il était un jour une famille qui s’était privée de beaucoup de choses, de tout ce qui n’était pas primordial. Une fois que l’argent alloué à la nourriture, à un sobre habillement et à l’entretien de l’appartement, était dépensé, plus rien ne sortait de leur compte.
Le solde était déposé, toutes les fins de mois, sur leur carnet commun de Caisse d’Épargne. Ils avaient fait l’impasse sur les sorties, les petits cadeaux et l’achat d’une automobile, entre autres.
Ils étaient quatre, les parents, la fille et le chien, à vivre dans une seule pièce en plein centre de Paris, avec un but ! Acheter une maison de campagne, quelque chose de simple, même un truc à retaper.
Ils avaient programmé leur future retraite, six mois à la ville et six à la campagne, moins quatre jours entre les deux, dans le train. Alors, durant vingt ans, tous les mois : dépôt à la Caisse d’Épargne, ils en virent défiler des employés.

Au printemps dernier, trois mois après le départ en retraite du mari, ils prirent enfin contact avec des agences immobilières de Corrèze. Ils reçurent par courrier une vingtaine de propositions qui correspondaient à leur demande ; ils en choisirent trois sur photo.
Le rêve s’accomplissait, toutes ces privations avaient donc eu un sens, ils étaient tout excités de le vérifier. Secrétant ainsi des doses supplémentaires d’adrénaline, qui les maintinrent euphoriques durant la semaine qui précéda le week-end de fin juin où ils prirent le train.

Le carnet d’épargne enfoui dans le sac de madame et le printemps blotti dans le cœur, trois gens heureux montèrent dans le TGV, Gare de Lyon. Ils se faisaient un point d’honneur à tout régler en liquide, tout au comptant, on ne faisait pas de dette dans cette famille.

C’est sur le parking d’une grande surface, le lendemain, que le rêve dégénéra en cauchemar, que tout se figea pour la famille. Un retour à la case départ, sans les sous.

Après avoir visité la ferme à restaurer, qu’ils avaient adorée, dans la matinée, ils déjeunèrent dans une cafétéria. C’est là, devant cette enseigne sans noblesse, juste après le repas, au moment de reprendre un taxi qui devait les ramener à la gare, que la tragédie se produisit.
Un camion de livraison, conduite par des gens en état d’ébriété, avait renversé le chien, ne s’arrêtant même pas et se permettant, en passant à leur hauteur, d’émettre des gestes et des paroles obscènes.

— On a appelé une ambulance, car on ne savait par quel bout ramasser notre bête, tellement elle était disséminée. On l’a accompagné vers une clinique vétérinaire de luxe, elle a été opérée à cœur ouvert, quelques greffes plus tard, elle était sauvée. Elle vivrait mais complètement paralysée. C’était un dimanche, fallait trouver des donneurs, deux chirurgiens et leurs assistants ; sept d’heures d’opération et pas d’assurance. »
À la sortie, les économies destinées à la ferme s’étaient échouées ailleurs que prévu.

— Tout en liquide ? Questionna, éberluée, la secrétaire médicale de la clinique.

— On va pas vous donner nos carnets d’épargne, non ? Dit amèrement le propriétaire de l’animal, qui avait fait un détour à la Caisse d’Épargne avant d’arriver devant elle.

medium_chien-Plan.jpg Le chien leur fut rendu trois mois plus tard, livré dans ce compartiment dont les dimensions et le plan avaient été transmis par le père en temps voulu, il trouva sa place entre les deux fenêtres. Le prix de sa livraison, par transport spécial, les obligea à se nourrir exclusivement de pâtes durant un bon mois.

La fille était toujours devant le livreur, à le regarder fixement. Subtilement, elle avait orienté le meuble du chien de telle façon que l’animal puisse voir l’homme.

Dans ce contexte, la blague de Lucien — sur l’état présumé suicidaire du chien — passa aussi bien qu’un grain de riz dans le goulot d’un sablier.

Mais, à cet instant, c’était son propre état qui monopolisait son attention, il se sentait rétrécir. À moins que ce ne soit le fauteuil qui se soit mis à grandir autour de lui, aucune des deux suppositions n’était de nature à le rassurer. Quoique les têtes de ces gens avaient aussi tendance à gonfler, elles étaient devenues énormes, ce qu’il n’avait pas remarqué à son arrivée. Elles ressemblaient à des montgolfières avec de minuscules corps en guise de nacelle.

Les quatre fixaient le minuscule livreur avalé par le fauteuil. Même le chien le regardait, il grogna, voulut aboyer, effet néfaste assuré sur les mâchoires pas encore ressoudées. Son cri de douleur jaillit du tube transparent qui reliait l’estomac au monde extérieur — pourvoyeur de nourriture, il se tendit en ondulant, porté par le souffle canin, puis le silence revint et, le tube reprit sa position de repos. C’était le même son qu’entendu par lui et par deux fois auparavant.

—Le café, putain de café, qu’avez-vous mis dans ma tasse ? Lucien voulait hurler, mais il entendait ses propres paroles comme un murmure.

Il entendit la femme qui lui demandait s’il ne voulait pas reprendre un peu de cet excellent café, mais il ne pouvait lui répondre, plus la force de remuer ses lèvres, longtemps qu’il aurait dû partir.

Il savait qu’il ne pourrait plus jamais s'absenter de cet appartement, sans produire une excuse valable — de l’ordre du certificat de décès, mais il ne savait pas pourquoi, pourquoi lui, pourquoi eux, pourquoi le chien et, ça tournaient comme sur un manège, les montgolfières étaient déjà hautes dans le ciel.

Il n’arrivait plus à soulever les paupières, mais pour entendre il n’avait aucun effort à produire, rien à ouvrir, le père disait que ces somnifères étaient amers, mais puissants, amers, mais puissants.

La mère disait que justice était faite, était faite ; que ce salaud d’alcoolique allait payer, allait payer ; qu’il allait rejoindre son immonde collègue Serge... « Serge est ici, chouette ! » ; et que dorénavant ils n’écraseraient plus personne avec leurs nouvelles petites roues.

Puis Lucien rejoint les bras de Morphée, qui le bercèrent et l’endormirent promptement.


Quand il reprit conscience, il lui sembla qu’il était là depuis une éternité, mais il se trompait, l’éternité commençait maintenant pour lui. Il avait les yeux ouverts, mais il faisait sombre, un truc en plastique obstruait sa bouche, il voulut crier, mais ses mâchoires avaient l’air soudées entre elles, seul un sourd gémissement sortit de lui. Tout son corps était douloureux.

Alors, la lumière fut, une porte s’ouvrit, derrière il reconnut la fille des gens à qui il avait livré un petit frigo, mais il ne se rappelait plus exactement à quelle époque. Les effets de la morphine à grosse dose étaient étonnants. Il trouva qu’elle avait beaucoup grandi et qu’à son âge, ce n’était pas habituel. « Elle a grandi, elle avait une tête énorme la fois dernière, mais un tout petit corps. » se disait Lucien, dont le cerveau réapprenait lentement à fonctionner.

Elle se pencha vers lui, la face décorée d’un grand sourire, elle tenait une bouteille d’apéritif à la main, elle semblait vraiment joyeuse. Elle prit le bout de tuyau en plastique qui pendait de la bouche de Lucien, plaça un petit entonnoir à l’extrémité, puis versa une rasade d’alcool. Elle lui dit que c’était l’heure de l’apéro, que c’était un jour de fête pour Lucien le livreur et, pour ses copains, qui attendaient impatiemment son réveil.

Elle appuya sur la baguette couleur saumon foncé, un deuxième caisson de la même grandeur se dégagea du mur, elle cria « Surprise ! ». Il y avait le torse d’un homme recouvert de plâtre, avec deux trous pour les yeux et un tuyau pour la bouche ; sur la poitrine plâtrée, une plaque minéralogique était fixée, celle du camion que conduisait Lucien quand il faisait équipe avec Serge en juin de l’an passé.

Ils avaient ravitaillé une succursale de province, ce jour-là. À 14 heures, ils avaient quitté le dépôt après avoir chargé à l'excès sur l’apéro et trop arrosé l’entrecôte-frites. ils avaient roulé sur un épagneul ; ce n’était pas la première fois pour eux, les risques du métier, des bavures en quelque sorte.


Elle servit la même rasade à Serge, elle tira sur le tiroir du chien placé entre les deux livreurs et elle souffla une croquette, qu’elle avait passée au mixer, dans la gueule du cabot dont les yeux pétillaient, montrant ainsi sa joie d’avoir un deuxième compagnon de jeu.

Avant de les rentrer pour la nuit dans leurs rangements, la mère vint s’entretenir avec Lucien, elle mit un miroir en face de lui afin qu’il constate ce qu’il avait déjà compris, ses larmes ne ramollissaient même pas le plâtre.

Elle donna des détails. Comment ils avaient donné à des connaissances la carte du Maroc pour qu’ils la postent de là-bas. Et, ça avait été si facile de l’attirer ici, un pourboire de 60 euro avait suffi. Les pourboires avaient été son point faible.

Elle lui raconta sa fierté d’avoir une fille aussi douée, même pas une année de chirurgie et elle savait déjà amputer à la perfection, et à la maison, grâce au papa bricoleur.

La police était passée poser quelques questions au sujet de la disparition d’un livreur. Tous trois avaient raconté la même histoire, un livreur avait bien livré un frigo, mais il était reparti très vite, d’ailleurs une femme, d’un mauvais genre, l’attendait sur le trottoir.

L’un des deux flics était plus curieux, il ne voulait pas laisser tomber, alors peut être qu’un jour, projetait la femme, Lucien, Serge et le chien auraient un nouveau compagnon.


FIN

vendredi, 03 novembre 2006

LE CHIEN [Nouvelle n°10 - Part 01]

Lucien avait les boules, fallait qu’il travaille ce samedi matin. Sale temps pour la grasse matinée qu’il s’était promis. Tout à fait imprévisible le vendredi soir à 20h30, heure à laquelle il s’était rendu chez des amis dans le dessein de fêter copieusement un anniversaire. La fête avait duré la nuit et il était rentré vers 6h30.

De retour chez lui, il n’avait pas pu résister à la tentation d’écouter le message confié à son répondeur, le voyant rouge clignotait ; il espérait des nouvelles de Serge, mais ce n’était que son patron qui l’avait appelé dans la soirée, après son départ. Suite à son écoute, il constata tristement qu’il ne lui restait que deux heures, pour prendre une douche, enfiler la salopette aux couleurs du magasin, avaler un bol de café noir et se rendre au local.

Il devait être huit heures trente quand il souleva le rideau de fer, le client attendait le paquet avant dix heures, c’était impératif et le mot du patron l’était aussi :


Livrer ce frigo avant dix heures,impérativement!
              Souhait du client et le client est roi,
                             il nous fait vivre!         

                       Merci, à lundi.                  



L’appareil était scotché sous le mot. Un frigo ridiculement petit, un modèle encastrable, tel qu’on en voit essentiellement dans les bureaux de patron ou dans les camping-cars.

Je gâche ma matinée pour un patron de merde qui aurait pu tout aussi bien repartir avec son achat, mais qui préfère emmerder l’ouvrier durant son jour de repos, résuma Lucien. Avant d’opter pour une négociation rapide avec ses convictions prolétariennes, à la vue des trois billets de 20 euros posés sur le bon de livraison.

***


Il avait 38 ans et faisait ce boulot depuis cinq ans. La vie n’étant qu’une succession ininterrompue de circonstances, l’une d’entre elles l’avait conduit dans cette direction, chauffeur livreur en électroménager ; les autres, il ne s’en souciait plus. Au départ, il comptait faire ce boulot durant quelques mois, puis la crise l’avait poussé à s’accrocher à son volant, le salaire était correct et le travail peu épuisant pour ses neurones, lui convenait tout à fait.

De plus, il avait eu de la chance avec ses deux premiers coéquipiers. Paul avait passé dix-huit mois à ces côtés, dans la cabine de ce camion jaune et vert appartenant à la grande chaîne de magasins de meubles et d’électroménager, bien implantée au niveau national.

C’était un spécialiste des grosses blagues bien épaisses, ils rigolaient tout en travaillant. Ils partageaient, le soir même, les pourboires de la journée : enfin, ce qui restait de l’apéro du midi. La division s’effectuait toujours sur le comptoir du bistrot le plus proche du dépôt. On peut dire que le patron du bar était au pourcentage aussi, avec ses additions.

Il fit équipe avec Serge, après la retraite anticipée de Paul pour cause de cirrhose. Cette nouvelle collaboration dura trois ans. Ils s’appréciaient comme collègue, les mêmes principes au sujet des pourboires les avaient soudés dès le début. Quand deux personnes doivent passer huit heures ensemble tous les jours de la semaine, il est primordial qu’elles s’entendent sur l’essentiel, et c’est ce qui se passait, ils buvaient leurs pourboires. Comme un couple, le sexe en moins, la confiance en plus, « une équipe du tonnerre », voilà comme ils se voyaient tous deux.

Aussi Lucien ne comprit pas que son ami disparaisse du jour au lendemain, ne recevant comme explication et seulement un mois plus tard, une simple carte postale de Tanger au Maroc ; quelques mots au verso annonçant un désir fulgurant de « découvrir l’Afrique ».

Un mois après cette séparation non désirée, il formait un débutant. Un intellectuel diplômé qui passait son temps à lire quand il ne prenait pas le volant et qui ne buvait pas d’alcool dans la journée. L’horreur pour Lucien qui déprimait en continu ; il pensait souvent à Serge, dont il avait collé la carte postale sur le tableau de bord et dont il espérait le retour tous les matins au réveil.

***


Il posa l’appareil sur le siège passager de la fourgonnette garée devant le dépôt, rabaissa le rideau et se mit au volant. Il sangla le frigo avec la ceinture de sécurité afin qu’un choc ou un freinage violent ne le projette à travers le pare-brise — ce qui aurait créé des complications supplémentaires dont il pouvait se passer. Il aimait bien son travail, il alluma une cigarette, monta le son de la radio et prit place dans la circulation.


Le métier de livreur électroménager possède au moins un aspect intéressant,  le bon accueil que vous réserve le client. Un homme porte un objet lourd et volumineux à votre place, on l’attend avec impatience et, joie, il en explique le fonctionnement.

Quel autre métier permet-il pareil comportement chez des gens qui d’ordinaire ne vous regarderaient même pas, peut-être docteur ? Mais, faut étudier plus longtemps.

Certains clients offrent à boire, à manger, vous racontent leur vie, la vivent devant vous. Tous sont avides des éclaircissements que vous leur donnez sur l’utilisation du matériel livré. Non, Lucien ne connaissait pas d’autre boulot permettant ces manifestations de sympathie et il le faisait savoir dès qu’il en avait l’occasion.

Une journée de livraison ne ressemblant jamais à celle de la veille, Lucien avait toujours matière à faire rire en compagnie et il n’était pas lié par le secret professionnel.
Il citait souvent ce couple à l’apparence fortunée à qui il avait livré un grand écran, l’homme en robe de chambre avait renversé son verre de Bourbon sur la tête de sa femme afin de la dessaouler ; pour se venger, elle lui avait asséné un coup de cendrier sur le crâne, Lucien était avec Serge ce jour-là et ils avaient dû appeler les pompiers afin qu’ils soignent le blessé.
 
Dans un autre genre, ils avaient livré un congélateur à une famille qui semblait sortir d’Affreux, sales et méchants. La mère de famille qui les avait reçus se laissait aller, comme on dit, ses cheveux étaient si gras qu’ils semblaient tous vouloir n’en faire qu’un.
Elle les avait guidés dans la cuisine, dans le coin où elle désirait installer l’appareil. Sur la table en formica, sous les mouches, il y avait des kilos de viande fraîche empilés les uns sur les autres. Les morceaux étaient variés, des abats, du filet et d’autres, du sang s’en écoulait lentement et rejoignait le sol carrelé par les quatre pieds.
Elle expliqua que son mari travaillait depuis une semaine à l’abattoir et qu’il rentrait du boulot avec des morceaux d’animaux, le frigo en était rempli. Cinq ou six gamins débraillés se déplaçaient dans ce décor et Lucien avait été tout heureux, au moment de quitter l’endroit, de ne pas être né dans une telle misère.

***


Ce n’était pas le même type de quartier où il se rendait ce samedi, 60 euros ! Un tel pourliche pour une si petite course le prouvait. Il était neuf heures trente quand il coupa le moteur. L’immeuble était cossu, la cage d’escalier sentait la cire, propre, mais pas trop luxueux.

L’ascenseur était une véritable antiquité, entourée d’une grille comme pour le protéger du vol. Il stoppa au troisième. Le mini-frigo sous le bras, Lucien tendit l’index vers le bouton cuivré de la sonnette sous laquelle le nom du client apparaissait. La porte s’ouvrit lorsque l’espace entre le bouton et son doigt avoisina les cinq millimètres. Visiblement, il était attendu, avec une impatience certaine.

« On vous attendait ! » dit l’homme qui trois secondes plus tôt avait l’œil collé sur celui de sa porte. Il n’était pas très grand, un peu rond, la cinquantaine, il avait le cheveu rare et une moustache fine comme un sourcil, il laissa le passage à Lucien et repoussa la porte derrière lui.

L’appartement était constitué d’une minuscule entrée et d’une pièce de cinquante mètres carré de surface. Aucune porte n’apparaissait sur les autres cloisons, seulement deux fenêtres donnant sur le boulevard. Une table basse, un divan et deux fauteuils essayaient de remplir l’espace.

Une femme de la même génération que l’homme et une jeune fille brune, à qui Lucien donna vingt-cinq ans d’âge, occupaient le divan. Avant qu’un des quatre n’ouvre la bouche, un son bizarre se glissa dans leurs oreilles, une lamentation lugubre semblant sortie d’une canalisation, un son non racontable, venant d’autres étages.

Lucien regarda les trois autres, qui semblaient avoir oublié sa présence, ils se regardaient avec un air étrange, un peu d’inquiétude. Une minute de plus et l’homme l’invita à s’asseoir sur l’un des fauteuils, afin de boire un café que Lucien ne refusa pas.

Le livreur, dont les yeux de professionnel avaient déjà fait et refait le tour de la pièce, se demandait à quel endroit ils allaient installer le frigo.

Les quatre murs étaient tapissés, du plafond jusqu’à un mètre du parquet, de papier à rayures de couleur saumon clair ; une baguette de trois centimètres de large, au ton plus foncé, faisait le tour de la pièce à cette hauteur, arrêtant proprement la tapisserie. De cette frontière jusqu’à la plinthe, le mur était laqué dans l’orange tendance melon foncé.

medium_chien3.2.jpgDeux reproductions de paysage campagnard, un dessin d’enfant représentant un chien blanc et un portrait de Brigitte Bardot (époque amie de bêtes) étaient accrochés solidement — une vis à chaque coin des cadres — à leur paroi respective. Il n’avait jamais vu de telle fixation jusque-là, pour des tableaux.

La femme, à partir du divan, tendit le bras droit, déplia son auriculaire et utilisa l’extrémité de ce doigt afin d’appuyer sur la baguette. Sur une longueur de cinq centimètres exactement le bout de bois s’enfonça d’un centimètre de profondeur. Un bouton-poussoir habilement dissimulé dans le décor.


Une partie de la paroi glissa vers le sol, découvrant un bloc-cuisine accouplé à une plaque chauffante type vitrocéramique. La femme mit en marche la cafetière électrique posée dans une niche à gauche des plaques. D’un rangement situé au-dessus de l’évier, elle sortit trois tasses et une sucrière qu’elle posa sur la table basse.

 Lucien essayait de repérer d’autres endroits où la baguette aurait pris, à force d’emploi, une apparence usagée ; il en trouva un entre les deux fenêtres, qui avait l’air d’avoir beaucoup servi, plus sombre.

L’homme avait ôté l’emballage du mini-frigo. Le temps, que mit l’eau à irriguer le café moulu, lui suffit pour installer l’engin à la place prévue, derrière une porte peinte en trompe-l’œil, à droite du compartiment évier. Devant l’étonnement du livreur, l’homme se lança dans des explications qu’il avait déjà dû donner à toutes les personnes qui étaient passées dans ses fauteuils.

C’était un électronicien à la retraite, un ancien militaire. C’est lui qui avait «combiné tout ça», ces quatre murs vides cachaient tout un tas d’arrangements avec l’espace habitable. Au fur et à mesure qu’il appuyait à des endroits différents de la baguette, des tiroirs, des rangements, des éléments sur roulettes, semblables à ceux que l’on trouve dans les cuisines, sortaient des cloisons.

La pièce se transformant simultanément en salon, en salle à manger, puis en deux chambres séparées par un paravent, lui aussi issu du mur. Les lits se rabattaient dans les murs, avec leurs tables de nuit sur lesquelles quatre lampes de chevet identiques avaient été vissées… comme les tableaux. Un W-C et une cabine de douche obéissaient aussi à la commande d’un doigt, c’était un appartement de contorsionniste. Mais l’homme n’avait pas appuyé sur la baguette, entre les fenêtres.

Pourquoi ne pas avoir choisi un appartement plus spacieux ? C’était la question que Lucien était censé devoir poser, il le fit d’ailleurs, mais intérieurement, en aparté ; c’était aussi celle à laquelle la femme, qui prit le relais de la discussion, désirait répondre.
L’homme servit le café, Lucien le désira sans sucre, dans l’espoir que l’amertume lui procure un coup de fouet. Les séquelles de sa nuit alcoolisée se manifestaient par l’émergence d’une grosse lassitude physique. Mais le noir liquide était trop amer et il dut le sucrer.

La dame lui expliqua qu’elle était très attachée à cet appartement, au quartier, elle y était née, sa mère aussi, sa grand-mère avait fait de même et sa fille aussi. C’étaient les hommes qui avaient fui ce foyer ; son mari, c’était différent, il avait rendu vivable cet endroit, il l’avait comprise.

De toute façon, les moyens financiers du couple ne leur permettaient pas d’investir dans un appartement plus spacieux. Il y avait aussi les études en médecine de leur fille à financer, ils avaient donc opté pour cette solution, une question d’habitude et d’aptitude à épouser raisonnablement la situation, pas plus.

Lucien acquiesçait, tout en suivant du regard le mari qui terminait sa démonstration, comme un vendeur zélé. La pièce avait repris sa forme salon initiale, l’homme vint se déposer dans le second fauteuil. Lucien finissait son café.

— Il contient beaucoup de robusta ! Ça explique son amertume, dit la jeune femme.

Il n’enviait pas ces gens, mais le système était astucieux et tout avait l’air de bien fonctionner, sans doute un très bon électronicien.

La discussion partit alors un peu dans tous les sens, la météo, le froid, le tiède, les champignons à Paris ? Oui dans les caves, mais tous les parisiens n’ont pas une cave à cultiver.  Et puis ce métier de livreur qui permet de faire tant de rencontres originales. « Des rencontres originales...  », répéta la fille, comme si c’était la première fois qu’elle entendait ces mots à la suite.

Ensuite, il y eut de plus en plus de temps morts entre les sujets de conversation, entre les phrases, les mots ; Lucien, en bon professionnel, devina atteint le moment opportun de mettre les voiles.

Juste à l’instant où il envisageait de s’extraire de la torpeur dans laquelle, il le constata alors, il baignait depuis l’absorption de son café, le même son lugubre qui avait accompagné son arrivée se fit entendre. Cette fois, ça ressemblait à un grognement étouffé, une plainte plus qu’à une agression, un truc toujours pas humain.

Lucien ressentit alors un malaise physique, tout tournait autour de lui, heureusement il était assis, la fatigue, l’ambiance, le café, tout lui pesait.

L’électronicien se leva prestement et se rendit entre les deux fenêtres, il appuya son pouce sur le seul endroit de la baguette que Lucien avait réussi à repérer. Un rangement à la face laquée orange-melon émergea du mur.

L’homme paraissait tout excité, disant à l’adresse des deux femmes :
— Vous avez entendu ? Vous avez entendu ? Deux fois en dix minutes, c’est incroyable, lui qui se taisait depuis des mois !

De qui parlait-il, de quoi parlait cet homme, pouvait-on parler ainsi d’un rangement, fut-il d’une hauteur d’un mètre environ et posé sur quatre roulettes ? L’homme ne parlait pas à un meuble, mais à son occupant, il demanda à sa fille de promener le caisson dans le salon.

(à suivre) 

mercredi, 25 octobre 2006

JE SUIS UN SALAUD [Nouvelle 07]

Quand vous lirez ces lignes, je serais mort. Je ne sais pas vraiment depuis quand, mais c’est sûr, je ne ferais plus partie de ce monde.



Cette nana, appuyée sur la balustrade, c'est Bianca. Je croyais qu'elle n'aimait que moi. Elle me le disait tellement souvent que j'en aie quitté ma femme et nos deux gosses pour pouvoir n’écouter que ses déclarations.
J'ai détruit cette famille et je n’ai plus cru qu’à cette dernière passion, grave énormité de ma part. La vie d’un pilote, un aventurier à ses yeux, c’était excitant pour une jeune femme comme elle.

 

medium_fille_avion01.jpg

J'ai vécu deux ans avec Bianca et c'est vrai, c'était torride ; parfois, c’était carrément épuisant — pour moi — j'ai vingt ans de plus qu'elle.
Je vais passer sur les moments fantastiques que j’ai connus  avec cette fille. Ne comptez pas sur moi, non plus, pour vous la décrire — elle est magnifique — je ne suis pas doué pour la littérature et ce n’est pas le but de l’exercice. Je vais juste vous raconter le terme de mon — notre — histoire.



Cet été, j'ai été embauché pour faire le Festival de Cannes. Tous les jours, à heures fixes, je tirais une banderole annonçant la sortie du dernier film d'un metteur en scène américain. Un après-midi, mon appareil n'a pas voulu décoller, un petit problème mécanique qui a provoqué son immobilisation, en attendant la pièce défectueuse, jusqu'au lendemain.

Je suis rentré deux heures plus tôt que prévu.


Ce jour-là, je me suis « crashé », comme on dit dans notre jargon. Le terme approprié quand l’atterrissage est du genre brutal. La plupart du temps, l’équipage y passe.


Mais dans ce biplace, il n’y avait plus que moi, à la dérive ; c’est une image ce biplace, c’est de ma vie dont je vous parle.

De retour à l’hôtel, je suis entré dans la chambre avec la délicatesse d’un chat. Je voulais la surprendre nue, offerte au soleil — donc, à moi — sur le balcon ; juste pour la regarder. De la façon dont avait été conçue cette chambre, je pouvais fort bien réaliser ce gentil fantasme, sans me faire remarquer… tout simplement en regardant à travers le rideau.

Dans le ciel, le « Cessna» du second pilote de mon employeur faisait son boulot… Bianca devait penser que c’était moi.

Elle était bien nue. Mais, je l’entendais plus que ce que je ne la voyais. Sa silhouette chevauchait un type en gémissant de plaisir; en plus, cette salope suivait, de la tête, les évolutions de l’avion. Elle riait.

Je n’ai pas crié, pas frappé. Un pilote doit garder son sang-froid, quelle que soit la situation, c’est dans tous les cours de pilotage. J’ai tourné le dos et je suis reparti, j’ai picolé jusqu’au soir. Je ne lui en ai jamais parlé.

Il y a six mois exactement que cette vision m’obsède. Quant elle se blottit contre moi, en me susurrant des « je t’aime », j’ai envie de l’étrangler sur place. Mais, je me retiens, je n’ai pas envie de devoir supporter ces cons qui vont me juger. Elle va mourir, c'est prévu mais, en même temps, elle comprendra pourquoi et moi, je ne paierai rien, je partirai.


Ça me fait mal quand je pense à mes gosses et à leur mère, c’était une autre vie.

***

Aujourd’hui, c’est mon dernier vol, je suis le seul à le savoir. L’avion est rempli d’explosifs reliés ,par une paire de fils, à un contacteur, un bouton rouge. Un aller simple pour l’enfer, j’y attendrai Bianca, bien au chaud.

***

Je lui ai dit que je lui préparais une surprise, une figure inventée rien que pour elle et qui portera son nom. Et, que je comptais sur elle — excellente photographe — afin qu’elle en face plusieurs clichés.


Hier, on a mêlé l’utile à l’agréable. Il faisait beau, on a suivi un sentier, longeant le bord de mer, à la recherche de l’endroit idéal pour les prises de vues. On a trouvé un coin à quelques mètres d’un palmier. Je lui ai demandé — expressément — de se tenir à cet endroit avec l’appareil photo. Après, on a niqué… pour la dernière fois.
La barrière en bois jaune et le palmier, ça me faisait deux repères pour bien la situer à partir de l’avion.

Dans la nuit, j’y suis retourné. J’ai fait en sorte — avec une scie, de la pâte à bois et un petit pot de peinture jaune — qu’à la moindre pression, cette partie cède et s’effondre dans le vide. Mon seul et dernier espoir, la concernant, c'est qu'elle sursaute devant mon explosion, au moins ça. J’y ai passé du temps, fallait pas que ça se voie.

 

***

Dieu a été attentif, heureux de se débarrasser de nous deux d’un seul coup. Ce matin, de mon cockpit, je l’aperçois, elle me fait des signes. Elle est au bon endroit. J’appuie sur le bouton rouge.

medium_fille_avion02.jpg

 Ça fait un grand « boum », comme dans les bandes dessinées. L’avion se coupe en deux, je suis devant, je descends à une vitesse folle. Je regarde du côté de la falaise et je souris, je vois son corps qui rebondit sur les rochers.Elle me rejoint, viens mon amour…

 

FIN

 

PS : j'ai demandé à Areuh — blogueur insignifiant, mais c’est le seul que je connaisse — de raconter mon histoire après ma mort, de faire une illustration, c’est plus esthétique. Et de tout balancer sur le Net. Que mes enfants sachent que je les toujours aimés.

 

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Le « blogeur insignifiant », c’est moi. Toute cette histoire est réelle. J’ai reçu une lettre de Paul le Pilote deux jours après les faits. Il me demandait de la publier pour lui. Et, d’encaisser les droits si ça rapportait. C’est trop généreux de sa part… j’ai jamais encaissé un euro après voir publié une histoire sur le Net.


On ne peut faire confiance à personne en ce bas monde, je lui avais répété mainte fois.

Mais, maintenant qu'il n'est plus là, je peux dire la vérité : le mec, que Bianca chevauchait à Cannes,  c'était moi. Aujourd’hui, on a quitté la France, on vit ensemble en Amérique du Sud.

Si elle ne s’était aperçue de rien dans la chambre d’hôtel, moi, j’avais vu le reflet de Paul dans les grandes vitres de la chambre.

Depuis cet après-midi là, son comportement avait changé, je me doutais qu’il allait tenter de se venger. J’étais aux aguets.

Le jour de son « accident », j'ai demandé à ma femme de l'époque — qui avait 23 ans de plus que moi et énormément d'économies — d'aller faire des photos des évolutions de mon ami Paul, pour enrichir son book.

Oui, j'avais bien précisé l'endroit d'où je voulais qu'elle fasse les clichés. Bianca m’avait raconté la promenade au bord de la falaise.

Je n’ai pas l’impression d’avoir trahi mon ex-copain, vu qu’il a bien aperçu un corps de femme tomber au moment où il mourrait, et que cela a dû lui faire un grand plaisir.

Je l’avoue, je suis un salaud.


FIN (La vraie)

jeudi, 19 octobre 2006

LA VENGEANCE SE MANGE CRUE.[Nouvelle 06]

medium_Planeur.2.jpgComme tous les samedis, Steiner était aux commandes de son planeur ; il flottait, il glissait sur l’air. Cette sensation, à nulle autre pareille, lui procurait le même plaisir que celui que devait apporter la dope au toxico, il en était persuadé — bien qu’il ne se soit jamais drogué — ou bien la vague au surfeur, bien qu’il n’ait aucune estime pour les premiers et les seconds ; des nuisibles, des profiteurs.

Tel un aigle, bien sûr, il effectuait de grands cercles, qu’il décrivait comme majestueux au peu de personnes avec qui il échangeait encore quelques propos badins.

Soulevé par un courant ascendant, il remontait de quelques mètres, sans bruit, il se trouvait royal, en osmose avec la nature.

Hé oui, hors carlingue ce chef d’entreprise aimait souvent se comparer à un aigle. Ses proches voyaient plutôt en lui un requin ou un serpent, un crotale, une hyène, un charognard… Leurs qualificatifs dépendant de leur rapport à la nature, toutes ces créatures ayant un rôle non négligeable dans la chaîne, dont l’homme est maillon.

Bien qu’on soit en plein été, certaines cimes qu’il survolait étaient encore enneigées. Le paysage était sublime, des montagnes, des bois de conifères âgés et quelques lacs, à la couleur sombre, le composaient. À certains de le trouver sinistre, avec ces tons froids, en tout cas il était désertique.

Il y avait aussi quelques taches d’un vert tendre. Steiner vit une automobile sortir d’un chemin forestier et s’arrêter à la lisière d’une de ces clairières. Il aperçut le conducteur s’en extraire, mais il ne pouvait regarder la scène en continu, il avait un planeur à piloter et ça demande beaucoup d’attention. Il stabilisa l’altitude de l’appareil.

Quittant à nouveau l’altimètre des yeux, il constata que le conducteur avait fait le tour de l’auto et se trouvait à l’arrière devant le coffre qu’il venait d’ouvrir. À ces côtés une autre personne ; un deuxième personnage à côté du premier, sans doute un couple, pensa-t-il, mais il était trop haut pour ce genre de détail. Tant que ces gens ne s’allongeraient pas sur le dos, face au ciel, il ne pourrait voir à qui il avait affaire.


Piloter demande beaucoup d’attention et Steiner avait raté une scène. Il avait assisté à la sortie du conducteur, puis le cadran et le manche avaient monopolisé son regard et son attention. Durant cet intermède, un deuxième personnage était apparu.

Steiner, absorbé par ses cadrans, voyait en « pointillé ». Durant le blanc, entre les tirets, le chauffeur était allé ouvrir le coffre, il en avait extrait, sans ménagement aucun, un deuxième type qui avait du ruban adhésif gris métallisé collé sur la bouche et les mains attachées dans le dos. Éléments indécelables de la hauteur à laquelle gravitait Steiner.

Aussitôt il décida de descendre un peu plus afin de satisfaire une curiosité maladive, malsaine, virant jeune à l’obsession.
Dommage qu’il n’y ait pas de statistiques prenant en compte le nombre de salauds qui composent notre société.
Monsieur, Madame, vous ressentez-vous comme : un vrai pourri, un peu pourri, moyennement pourri, pas pourri du tout. Combien de salauds pour mille habitants par exemple ? Steiner pourrait alors compter ses comparses.

Il avait hérité de la direction de l’entreprise familiale. Ses revenus le mettaient à l’abri de tous problèmes d’ordre financier durant des générations.

Légataire, en sus, d’une tare génétique propre aux mâles de sa lignée : il était voyeur, maître chanteur à temps partiel, juste pour le fun. Son père lui avait légué son propre fichier, vieux de plusieurs décennies qu’il avait actualisé. Il ne volait jamais sans son boîtier Nikon prolongé d’un zoom de 800 mm.

*
*   *

Tony, le conducteur, était un sortant de prison, libéré depuis seize jours. Il avait été donné aux flics par le type à la bouche scotchée qu’il tirait sans ménagement dans l’herbe fraîche.

Il avait passé dix ans en taule, interminables. La haine avait mariné, dans le liquide céphalorachidien de son cerveau ou dans un lieu très proche, durant tout ce temps. Un projecteur imaginaire passait en boucle les plans dont il avait imaginé les scénarii. Il s’actionnait dès qu’il baissait les paupières. Il avait le premier rôle, gros plan sur sa sortie de prison. Yvan est là, il est venu l’attendre, gros plan sur Yvan, plus tard Tony tuera Yvan, fin du film ; autant d’années pour une aussi grande sobriété.

L’inspecteur qui s’était occupé de son affaire l’avait pris en sympathie, ils s’étaient croisés heureusement durant leur jeunesse, cinq ans de voisinage dans une HLM. Il lui avait donné le nom de celui qui l’avait donné.

Un misérable indic tout simplement, Yvan n’était que ça ? Cette chance qui ne le lâchait jamais, ce n’était donc pas de la chance, juste un arrangement qui lui permettait de poursuivre son petit business. Disponible, des tuyaux à fournir en quantité, ça ne le gênait pas que des mecs fassent de la tôle en échange de son bien-être.

Durant ces dix ans, Tony se leva en pensant à Yvan, il s’endormit pareillement ; c’est grave une idée fixe longue de 10 ans. Les psys auraient pu l’aider avec des pilules, mais d’une part il y a très peu de psychanalystes en prison et de l’autre, il n’était pas demandeur. Il préférait la cultiver, l’aimer, la peaufiner, son idée fixe, c’était sa seule compagne, il n’en désirait pas d’autre. Il ne communiquait pratiquement pas avec ceux de la détention.

Par contre, périodiquement, il correspondit avec Yvan, il lui demanda de se faire établir un permis de visite. Il ne fallait pas couper le lien. Pour les lettres, c’était simple, il demandait à un codétenu d’écrire à sa place, il lui donnait quelques infos et l’autre brodait avec. C’est par cette voie, qu’il apprit la mort de l’inspecteur, deux mois après son procès — dans un banal accident de la route. Yvan promettait, dans chaque réponse, d’être là au moment de sa sortie.

Les parloirs demandaient beaucoup plus d’efforts ; embrasser, l’air sincère, celui qui lui avait fait perdre dix ans de vie, demandait à Tony une grosse maîtrise de ses nerfs.
Il y arriva et, même s’il vomissait de la bile après ces visites, ça valait le coup, d’ailleurs les dernières années il ne vomissait plus. Le jour de sa libération, Yvan l’attendait devant la porte, comme dans ses films.

°
°   °

Il était là, l’ami fidèle. Pour son ami, il avait préparé un programme d’enfer, à base de filles dociles pas compliquées du tout et à l’emploi facile, d’alcool divers et de dope de qualité. Tout ce dont Tony s’était privé en prison durant 3 700 jours.

L’orgie dura une quinzaine de jours, Yvan avait loué une villa dans le sud avec tout le confort et même la piscine, il n’avait lésiné sur rien, se conduisant comme un frère.

Après tout, peut-être était-il sincère ? Essayant de réparer une saloperie vieille de dix ans.
Mais — et ce mais là était énorme — peut-être aussi, avait-il un intérêt à se conduire de la sorte ?
La justice avait condamné Tony pour plusieurs braquages dont le butin n’avait pas été retrouvé. Ce mec-là avait du fric, il était sérieux au boulot, ce n’était pas n’importe qui, il valait mieux l’avoir avec soi. Yvan ne s’était jamais déplacé pour aller accueillir à leur sortie d’autres types qu’il avait balancés.

Durant ces deux semaines, lorsqu’ils se retrouvaient en tête à tête, Yvan parlait de sa dernière décennie. Rien de bien original, de l’argent facile, des filles — faciles aussi — gérer ses bars. Une belle vie de voyou.

Tony, par contre, était toujours aussi peu bavard. Il avait insisté sur la description de la garde à vue gratinée qu’il avait dû subir. Mais rien sur le temps écoulé enfermé, ni sur la violence de la prison, ni sur ce paysage fixe à travers les barreaux. Rien sur la monotonie des jours passés, immobiles, assis sur le lit. Rien sur sa tête oscillant d’avant en arrière, se figeant au moindre pas dans le couloir.

« Les filles sont extra, tu vas t’en apercevoir ! », avait annoncé Yvan et, c’était exact. De vraies vacances, sur un nuage loin des aléas de la vie quotidienne des travailleurs ou des détenus ; malgré son mutisme, Tony semblait détendu, souriant même, Yvan ne sentait rien venir. Tony était satisfait de le voir ainsi.

Mais tout ce qui a un début a une fin, un milieu aussi. Ami lecteur, sais-tu si le jour du milieu de ta vie est déjà passé ? En ce qui concernait Yvan — qui avait quarante ans — ce jour-là était passé, sans être fêté ni remarqué, une vingtaine d’années auparavant.

La fin prévue du séjour sur la Côte était proche, Yvan paraissait mûr à souhait. Tony décida de passer à la cueillette. Il invita son ami à une petite fête qu’il organisait lui-même afin de célébrer la fin des vacances et surtout pour remercier son cher ami pour son accueil.

— Il y aura tout ce qu’il faut pour que tu t’en souviennes longtemps ! précisa-t-il au téléphone.

Quand il arriva, Yvan était le premier.
— Je n’aime pas me pointer le premier !

— Comme les stars ! Tiens, bois, il vient direct du Kentucky. Acheté rien que pour toi. Pour attendre les autres, le mieux possible.

Il lui tendit un verre de Bourbon sans glace et se servit une Vodka ; le Bourbon était coupé au somnifère pilé.

 *   *

Quand Yvan reprit connaissance, une première fois après ce verre, il se trouva ligoté et bâillonné à l’adhésif. Malgré le manque de lumière, il savait qu’il était dans le coffre de la tire de Tony et qu’elle avançait.

Abruti par la forte dose, il somnolait ; se retrouvant, lors des périodes d’éveil, en face d’horribles cauchemars où il comprenait que l’autre savait. L’autoradio était à fort volume — les haut-parleurs résonnaient dans le coffre — sans doute pour couvrir ses cris éventuels.

 *    *

Puis, Tony l’avait sorti du coffre, il faisait jour. Mais son visage faisait peur. À genoux, Yvan, encore vaseux, se souvenait d’une période de sa jeunesse, un camp de vacances social dans lequel il avait séjourné durant un mois. L’odeur de la terre grasse, de l’herbe fraîche, le ramenaient à ses premières fièvres amoureuses. Il revit furtivement le visage de cette première et le déchirement de la séparation lors du retour à la ville.

Il redressa sa tête à grand-peine, elle était lourde. Il était perdu ; dans tous les sens que peut prendre ce mot.

Il voulu dire à Tony qu’il était redevenu un enfant, que quand il était gosse, il était bien le meilleur des enfants, mais il ne pouvait pas parler et, de plus, l’autre n’avait que faire d’un sale gosse à ce moment de l’histoire.

L’heure était à la grande déclaration. Tony, d’ordinaire si peu loquace, voulait s’exprimer. En peu de mots, il dit qu’il savait depuis son premier jour d’incarcération que Yvan l’avait vendu, l’heure de payer était arrivée. Il allait se montrer généreux dans le paiement, vu qu’il avait mis dix ans à préparer l’addition. On voyait que ses mots étaient préparés de longue date, aucun ne se heurtait en sortant de sa bouche.

*
*   *

medium_Planeur.3.jpg Steiner en salivait d’avance, il avait du nez, si la providence avait pris la peine de le placer dans cette situation, ça devait être interprété comme un signe, point. Peut-être un couple illégitime qui allait niquer sous son objectif ? Un petit scoop pour lui. Il agrandirait la plaque de la voiture et ferait une recherche sur son propriétaire, après, c’était une question de chance.

Son coffre-fort était rempli de photos volées à l’intimité d’autres duos illégitimes, à qui il réclamait une dîme royale mensualisée ; ceci pour louer son silence. C’était un maître chanteur froid et organisé, l’habitude de gérer une entreprise à mi-temps, était un plus.

Pour se protéger d’éventuelles velléités vengeresses, il avait remis à son avocat une lettre à expédier en cas de mort violente. Steiner devait biper toutes les trente-six heures au cabinet de ce dernier. Si l’homme d’affaires ne se manifestait pas, l’envoi devait être immédiat, les flics recevaient la liste des suspects et les photos. — Un système très contraignant… avait relevé l’avocat qui n’était pas au courant du passe-temps de son client. — Indispensable ! rajouta Steiner, qui ne désespérait pas d’arriver un jour à surprendre son défenseur en fâcheuse posture.

Tous les clients de Steiner avaient été informés sérieusement de son système de défense, dès leur premier versement.

*   *
*


Du coffre, Tony sortit un sac plastique, un casque de motard et une batte de base-ball. Il tendit le casque à Yvan — puis se ravisa, Yvan étant attaché — avant de lui enfiler directement lui-même sur la tête.

Yvan comprit à l'instant la suite des événements, ce qui annula l’effet de surprise. Les flics avaient cogné sur la tête de Tony de la même façon, il le lui avait raconté lors du premier parloir.

Il se préparait à recevoir la batte sur la nuque, il fut surpris quand elle arriva dans le bas de ses reins, il tomba à genoux ; l’autre lui ôta le bâillon pour profiter de la plainte. Tony avait hurlé lui aussi — derrière les murs — voulait-il comparer les tonalités ? Ou, plus sûrement, appliquer basiquement le vieil adage concernant l’œil et la dent.


— Désolé mon vieux, j’ai un problème, ma vue a beaucoup baissée en prison, pas de profondeur de champ, rien d’intéressant à regarder. Note bien que c’est un peu de ta faute et ce qui t’arrive aujourd’hui est très logique. Oui, c’est de ta faute si je vois moins bien et il est normal que tu en pâtisses directement.

Yvan regardait le sol en pleurant doucement, il fixait une bouse sèche ; il concéda que son avenir s’était assombri à un point tel, qu’il pouvait envier celui de cette merde de vache, il ne savait pas aussi bien penser.

*   *


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 Toujours largement au-dessus, Steiner commençait à mieux distinguer ce qu’il pensait être deux baiseurs bucoliques, sans doute allaient-ils finir allongés et l’un des deux apercevrait le planeur… il mettait au point la netteté de l’objectif du canon, des suppositions. Il décida de reprendre un peu de hauteur.

*   *

Une certitude, Tony était exceptionnellement bavard ce jour-là, mais aussi très proche de l’incohérence.

— D’accord, ils m’ont tapé sur la gueule, c’est sûr, mais il est aussi certain que j’y vois moins clair, t’es OK ? demanda-t-il.

Il ne sortit pas un mot de la bouche d'Yvan, à qui était reproché d’être trop prolixe, en d’autres temps.

— Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? C’est écrit, tu vas aller moucharder à la flicaille illico. Quand on commence, on peut plus s’arrêter, tu le sais bien ? Et ils vont me foutre au trou !

Yvan se défendit pitoyablement.

— Non, je ne dirai rien, je te le jure, je regrette, j’ai changé, j’ai compris…

Des mots qui ne firent qu’attiser la haine de Tony.

— Je n’ai plus confiance en toi ! Tu vas parler ! C’est bien là le problème. Ne t’inquiète pas, j’y ai réfléchi, j’ai envisagé tous les cas. Pour que tu ne balances plus, suffit de t’arracher la langue.

Il prit une pince multiprise dans le sac plastique et poussa Yvan en arrière, il se mit à califourchon sur lui. L’outil dans une main, il essayait d’immobiliser la tête de sa proie.
La lutte était trop inégale. L’un avait passé ses dix ans de haine à faire de la musculation pendant que le second se démolissait tous les jours dans les bars. Il ne disposait plus de l’usage de ses mains, zéro pour cent de chance de survie.

Ce ne fut pas une partie de plaisir d’avoir la langue. Brièvement relaté, le fort prit le dessus sur le faible. Il coinça une branche du diamètre adéquat, de molaire à molaire et, en appuyant un peu, il put dégager l’orifice. Suffisamment pour saisir la langue sans se faire mordre. Il tira avec l’outil sur cet appendice jusqu’à ce qu’il le sépare du reste du corps.

Il hurla aussi fort qu’Yvan, mais lui, de joie. Puis il replaça du ruban métallisé sur sa bouche, il en mit beaucoup, car il collait moins avec le sang mélangé, il en fit plusieurs tours de visage.

A ce moment-là, un peu tard donc, que Tony prit conscience de sa folie. Il voyait qu’il commettait un acte barbare, mais il ne pouvait plus aller en arrière, que faire ? Il sentait que ça lui faisait du bien, mais que sa vie n’avait plus de sens et, qu’il pourrait bien mourir après, c’était tout mélangé dans ses méninges. Vivre uniquement pour haïr, c’était pas humain, il le comprenait à ce moment.

— Tu ne peux plus parler maintenant, c’est terminé les confidences malsaines.

Yvan faisait non de la tête, il se disait que la punition avait été dure. Mais qu’elle était terminée et qu’il était encore vivant, pas beau, mais vivant. Et sur le coup, ça lui semblait satisfaisant. Sûr, il avait envoyé quantité de types en prison, il méritait de payer. Il était d’accord sur le fond. Il se figea quand il entendit les paroles de Tony.

— Merde, non tu peux plus parler, mais tu peux encore écrire mon nom, me refiler encore une fois. Je n’avais pas pensé à ça.

Il fallait qu’il improvise. Il retourna Yvan comme un sac, de façon à pouvoir lui sectionner les doigts, les uns après les autres, à l’aide de la pince. Puis, il fit un pansement à chaque main, à l’aide du sac plastique, qu’il déchira en deux et de l’adhésif.

— Afin d’arrêter l’hémorragie, glissa-t-il à l’oreille d’Yvan.

Celui-ci avait hurlé si fort que l’adhésif fermant sa bouche s’était décollé, laissant passer une giclée de sang noirâtre. Tony refit le bâillon plus solidement, Yvan ressemblait à un robot tel qu’on se les imaginait dans les années cinquante, deux fentes pour les yeux, seules ses oreilles étaient épargnées par l’adhésif. Tony s’éloigna un peu, il marchait dans l’herbe, il réfléchissait en se caressant le menton.

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Steiner sourit bêtement, une dispute, déjà ? Elle ne veut pas céder de suite, sans doute…

*   *
 
En revenant vers Yvan, Tony tira un canif de sa poche, quand il fut tout près, d’un mouvement clair et précis, il lui creva les yeux, comme s’il s’était entraîné durant dix ans.

— Sorry mec, fallait pas non plus que tu puisses me donner en reconnaissant ma photo au fichier central, et j’y ai pensé, tardivement ; mais c’est dur quand il faut penser à tout et, qu’on est seul à le faire. Mais là, je crois que tu ne pourras plus jamais baver, vraiment je crois que j’ai pensé à tout, et toi, qu’est-ce que t’en dis, tu m’entends Yvan ?

Le visage d’Yvan avait l’apparence de la viande fraîchement hachée, bien saignante, ce qui ne l’empêcha pas d’émettre un faible murmure.

— …

— Sûr, tu m’y fais penser, j’allais oublier, commettre une bavure en quelque sorte, si tu grognes c’est que tu m’entends encore, c’est là l’erreur, l’oubli. Si tu entends, suffit que les flics te récitent les noms de tous les types du fichier, et tu opineras quand tu entendras mon nom, parce que tu es une putain de balance de merde ! Et que tu ne pourras pas te retenir.

Il tourna sur lui-même à la recherche d’un détail qu’il aurait omis, il cherchait partout avec soin. Ne se rappelant plus ce qu’il cherchait, il prit la parole.

— Que dois-je faire maintenant ? Je ne peux pas compter sur toi, j’aurais dû y penser, j’avais le temps, mais ça a dû me ramollir le cerveau. Je te coupe les oreilles, oui, non, peut-être ? Même si je les coupe, ça ne rend pas sourd, faut crever les tympans dans ce cas. Comment vais-je te crever les tympans, hein ?


Yvan avait perdu connaissance, il revint à lui juste pour apercevoir l’orifice du canon du 38 Spécial que Tony remuait à deux centimètres de sa tempe. Juste pour entendre le son délicat du percuteur qui se détendait, moment rare et furtif, il annonçait l’arrivée imminente de la balle, elle perfora Yvan d’une oreille à l’autre.

 *   *
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Steiner perçut le bruit qui se répercutait dans les montagnes. Un chasseur, pensa-t-il ? Il regarda le couple, ce qu’il supposait être un homme, tournait autour de la femme, assise et adossée à un tronc, ils devaient parler, ça commençait à faire long.

*   *


Tony vida le chargeur en pointant son arme vers le ciel, il restait alors deux balles qui reprirent leur liberté. Il fit le ménage autour du corps d’Yvan, récupéra ses accessoires, puis monta dans sa bagnole et se tira, repu.

La première balle se ficha dans la colonne vertébrale du pilote, le rendant instantanément tétraplégique ; la deuxième explosa son portable. Le planeur incontrôlé s’écrasa un peu plus loin à flanc de montagne. Les secours arrivèrent avec la Gendarmerie trente-sept heures plus tard, sans que Steiner ait pu biper à son avocat.

La lettre, qu’il lui avait confiée, arrivera à la police le lendemain de son sauvetage. Il sera condamné à dix ans de détention pour extorsion de fonds et, restera dans un fauteuil pour la vie.


FIN