samedi, 10 novembre 2007
CELUI-LA, IL ME LE FAUT !
Un Parrain, même en prison, ça a de la gueule. Celui-là ne sortait que rarement en promenade et jamais tout seul, il y avait toujours quatre ou cinq autres détenus qui l'entouraient dans ses va-et-vient sur le terrain de basket bitumé. C'était marrant à regarder, le groupe arrivait au bout du terrain et se retournait à l'unisson, comme un banc de poissons, ça allait et venait durant une heure ; ceux qui arrivaient en sens inverse s'écartaient poliment et puis, ils avaient intérêt à le faire.
D'accord, pour trouver cette scène marrante il fallait être méchamment privé de distraction, c'était mon cas, je faisais mon année de taule, je remboursais heure après heure ma dette à la société. J'aurais préféré rembourser autrement, en faisant un boulot pour cette société, travailler pour l'intérêt général, mais on m'avait pas demandé mon avis. Valait mieux m'enfermer et que je coûte du fric. J'étais pas assez instruit pour piquer des millions sans me faire avoir, je n’avais pas fait de grandes écoles. Mais assez pour passer mon temps à réparer et ranger des livres sur des rayons.
Ce parrain était érudit, chaque fois que l'Administration lui en donnait l'occasion il se pointait à la bibliothèque, choisissait quatre livres, le maximum permis (interdiction de trop lire), puis s'installait à l'une des grandes tables placées dans ce lieu. Il était, comme dans la cour, entouré de sa garde. D'autres tables étaient occupées par origine, un monde en tables, l'Afrique du nord, celle du milieu, l'Europe des vingt-sept et deux chaises pour les gitans. C'est pas ma faute, ce sont les hommes, ils sont comme ça.
Et, tous ces types qui débattaient, ne le faisaient pas comme s'ils s'étaient trouvés dans un lieu saint, ils ne chuchotaient pas, la cacophonie régnait en maître. Même l'arrivée impromptue d'un maton ne l'aurait pas fait descendre d'un ton. Sauf, s'il avait tiré un coup de revolver au plafond.
C'est là que le Parrain tapa un grand coup du poing sur la table placée devant lui. Sans délai, le silence s'installa. Le bruit avait été fort certes, mais c'était surtout sa provenance qui inquiéta, surtout que les paroles suivantes finirent de glacer le sang de certains.
— "CELUI-LÀ, IL ME LE FAUT !"
Le Parrain le dit si fort, que ses paroles allèrent se perdre jusque dans les couloirs du Centre socio-culturel de la prison.
Tous les types assis aux autres tables se mirent à lire ou à faire semblant. Une odeur de sang envahit les esprits, réveillant certains souvenirs enterrés au plus profond. Qui était visé ? Peut-être était-il dans la pièce ? L'angoisse... faudra faire gaffe dans les escaliers, dans les douches...
Après le coup de poing, à la table du Parrain, la discussion s'était poursuivie sur un ton plus bas, de sorte à ne pas se faire entendre. L'Homme avait fini, en s'adressant à son voisin de droite :
— "Oui, vraiment, il me le faut ! Je mettrai le fric qu'il veut, mais ce terrain, il me le faut. Il va trop plaire à ma femme. On pourra y mettre les chevaux. Vraiment, je ne peux pas laisser passer un truc pareil. Je me souviens, c'est en pente vers la mer, c'est magnifique."
Le voisin de droite était lui aussi satisfait de l'affaire. Autour de cette table, on continua à papoter jusqu'à l'heure de fermeture de la bibliothèque en fumant autour d'un Nescafé©.
D'ailleurs, ils étaient les derniers dans le local, les autres avaient quitté l'endroit, un par un, juste après les quatre premiers mots du Parrain, une heure auparavant.

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23:05 Publié dans PRISON | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : parrain, prison, récit, nouvelle, sang, poisson
samedi, 06 octobre 2007
NE PAS TRAVAILLER ET PAYER PLUS !

Il n'y en a plus qu'un qui me considère comme un citoyen lambda, c'est mon Trésor, c'est pas un surnom affectueux pour une tendre proche, non c'est du TRÉSOR NATIONAL dont je vous cause. Lui, mes maladies, il s'en bat les couilles fout.
En bref, malgré ma décrépitude présente je possède une auto, une deuch (2CV pour les + jeunes). En mars 2006, la Gendarmerie m’a flashé (je ne m’en suis pas aperçu), je me rendais à un r d v d’ordre médical.
Une ligne droite de 3 ou 4 kilomètres de long, la vitesse est limitée simultanément à 50 Km/h, à 90 puis à 30, puis à 90, puis à 50, encore à 90 et pour finir dans la ville d’Hyères à 50 Km/h ; la caserne de la Gendarmerie est située à peu près au milieu de cette droite. Peut-être même qu’un gendarme m’a flashé de sa chambre, en pyjama ? (je galèje, je m’excuse d’avance, je demande pardon, comment puis-je ?)
Un mois plus tard environ, je reçois la sanction, une amende de 135 euros, pour excès de vitesse. Je roulais à une «Vitesse, retenue après application de la marge technique, de 52 Km/h au lieu de 50 Km/h».
Pour la payer, j'avais le choix, si je le faisais dans les quinze jours qui suivaient, l’amende tombait à 90 euros, mais le con de gueux que je suis n’avait pas cette somme, sinon c’était 135 € à payer dans les 45 jours.
Un autre choix( ?) attendre le 46ème jour pour allonger la monnaie et là c’est royal, 375 euros. Ce dernier choix est exclusivement réservé à ceux qui n’ont pas les moyens de choisir les deux premiers, ceux qui n’ont ni 90 ou 135 euros d’avance.
Pour formuler une requête, il faut joindre 135 € à la demande. Dans le genre, " je vous informe qu’étant r’miste je ne suis pas en mesure de payer en une fois la somme de 90€. Veuillez trouver ci-joint un chèque de 135€ en guise de ma bonne foi."
C’est qui qu’a pondu ce genre de règlement obscène ? Un député, une commission , ils n’avaient pas de pauvres dans leurs connaissances ?
J’ai fait un courrier les jours suivants, expliquant ma situation et quémandant un éventuel étalement de la somme, pas demandé la grâce, juste un étalement, calme et courtois malgré les nœuds dans mon bide et une envie de violence. Je n’avais aucun espoir quant à la suite que donnerait l’Administration (mais c’est bien un être humain qui a lu mes suppliques !) à ma demande, je gagnais du temps, du temps de repos, du calme. Pas de réponse.
En novembre, je reçois d’un huissier un « dernier avis avant saisie de vos biens ». Si je ne paye pas dans le mois la somme de 431,28 €, on saisit mes biens. C’est super gentil et délicat l’État, il me traite comme un paria, je me traite de paria.
Je joins l’huissier et je tombe sur une oreille attentive reliée à un cerveau faisant preuve d’humanité. Passagèrement touché par ma situation, il me conseille de lui envoyer 10€ pour « arrêter l’affaire ». Je le fais et reste tranquille 10 mois.
Trois mois après l’élection présidentielle (faut rentrer du fric pour le « paquet-cadeau fiscal » des riches) ma banque m’avertit qu’une Opposition administrative a été requise par le Trésor, mais, comme mon compte est débiteur, l’État ne peut rien prendre. Ma banque oui, elle me facture 36,63€ de frais. L'État voulait me prendre, par surprise, un mois de RMI, le fourbe.
Moi qui n’osais plus me pointer dans ma succursale, allant jusqu'à me faire expédier, coûteusement (15€), mes nouveaux chéquiers, tout ça afin de ne pas me faire remarquer moi et mon compte débiteur depuis des mois, le coup était rude.
Nouveaux courriers de moi et de mon assistante sociale, je(il) suis(est) pauvre, plus que pauvre, très pauvre. Pourriez-vous m’(lui) accorder un étalement ? Pas un cadeau, je(il) veux(t) payer en plusieurs fois l’amende de 90€ qui est passée à 375€ car je(il) ne pouvais(t) pas payer les 90€ initiaux.
Monsieur, envoyez-nous un chèque de 50€ et d’autres documents. Votre demande ne sera (même) pas étudiée si l’acompte n’est pas joint. J’ai envoyé un chèque de plus de la moitié de l’amende initiale, pour le reste je ne sais pas encore. Si j’ajoute les 36€ de la banque et les 10 de l’huissier, ça fait 96€, le montant de l’amende…
Je me dis qu’il y a quelque part dans ce pays, un type ou une nana bien calé dans son fauteuil à roulettes, qui a lu mes lettres où j’étale ma détresse de gueux, ma vie, mes problèmes et qui n’a eu à mon égard qu’un regard froid, technique et mécanique, le type "bon à appliquer le règlement". J’envoyais des lettres qui n’avaient jamais de réponse.
C’est ce système qui fait que le fonctionnaire est moyennement aimé, quand je pense fonctionnaire, je pense à cette créature cachée dans un bureau avec mission de me persécuter, en attendant. Pas, à l’infirmière, aux profs et autres… flics, militaires, gendarmes... hum.
Voilà, un jour j’ai roulé à 52 Km/h et ça m’a traumatisé.
11:20 Publié dans DE PETITS RIENS | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : récit, amende, fisc, fraternité, solidarité
JE SUIS MALADEEEEE, COMPLÉTEMENT.
j'ai les "trois maladies les plus minables, les plus honteuses"* qu'un homme puisse avoir dans notre société moderne, sans tabou, où faut se lever tôt pour consommer plus, et être bronzé aux dents blanches avec le sourire carnassier qui sied, et posséder sa TV plasma grand écran et son Iphone, et être bouffé par l'ambition et le paraître
Jugez plutôt:
1) je suis R'miste depuis presque 3 ans...
2) J'ai plus de cinquante ans.
3) Je suis dépressif au point de suivre un traitement (la grosse dose) et d'être suivi par des psys.
Vraiment, certains cumulent les mandats, moi c'est les mandales.
Que feriez-vous à ma place ? Je me le demande.
• "Pends-toi", diront les plus cyniques. Que le cul leur pèle, qu'il y pousse des joncs et qu'on y mette le feu !
• "N'arrête pas ton traitement !", mon pharmacien.
• "T'inquiète, ça va aller mieux, c'est obligé !", mon voisin.
• « C’est vrai, tu peux pas tomber plus bas, faut positiver », sa nana.
• "Pense à autre chose, merde." , mon ex.
• "Mange mon fils, t'as de quoi manger, au moins ? tu veux que je file des plats ? Prends-les...", ma mère.
• "Putain, ça tombe mal, avec la rentrée (les impôts, les Fêtes,...) on a plus un franc.", je ne les compte plus.
• « La résilience, tu y penses ?, oui, mais pour rebondir il faut un minimum d’énergie, non, hein, hein ? », une amie qui a lu un article du NO sur Boris.
• " Pète un coup", me conseille le jeune S ici plus bas.
-> Grand merci à S d'ailleurs, comme lui(elle)(eux) tous les lecteurs devraient me donner un amical conseil, ils contribueraient (en + c'est gratis) ainsi au bien-être d'autres personnes en proie à la même problématique.
*J'admet qu'il existe des maladies bien plus graves, on ne rigole pas avec celles-là, mais avec les miennes, on peut se marrer, c'est pas sérieux. T'as pas le moral? Bois un coup, con!
11:20 Publié dans TRÈS COURT | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : malade, rmi, depression, récit
mercredi, 26 septembre 2007
MON LUC EN PROVENCE.
Sachant que le titre de la dernière note était susceptible d'heurter quelques délicats(es) lecteurs(trices) passant par là, il fallait illico que je donne quelques explications sur ce vent de paillardise si peu coutumière sur ce blog...
Le Var, merveilleux département, recormand du nombre de piscines remplies en période de sécheresse et du nombre de retraités sans souci financier, donc sans doute, du nombre de sociétés de surveillance, de Pompes Funèbres, de Cliniques privées et de toubibs de tout poils....
Ah, naître et mourrir dans le Var... entre ces deux dates limites, il faut aller travailler et vivre ailleurs, sauf si l'on est héritiers, maffieux russes, commerçants, serveurs, plongeurs (vaisselle), dealers de cok à ST Trop ou fonctionnaires...
Au centre du Var donc, un village, le trou de balle du Var, dirais-je si j'avais l'humeur grivoise ou la Proctologie comme spécialité; c'est là où il fait le plus chaud dans ce département, déjà bien gaté par le soleil, le relief fait penser à une cuvette.
Des 40°, sans vent... et un trou de balle, c'est là où la température se mesure chez les n'enfants. Mais un trou de balle sans vent c'est pas juste, imaginez le mistral soufflant au-dessus de la cuvette sans jamais la ventiler. Cruelle destinée pour cet endroit & ses habitants.
Et le voilà mon trou du LE LUC. Je ne sais si le brugnonier y pousse.
Autre particularité de cet endroit, il sent mauvais. Aux élections de 2002, la Michèle Dutoya y a fait ses 27% & même 39% dans ds villages proches. Par ici et autours, un hab/4 a voté FN. Un colonel à peine efféminé, non ? Faut aimer... C'est la coupe "béret".
Elle n'a aucun rapport direct avec le brugnon mais j'avais gardé son tract... pour faire peur aux enfants.

(Dire que je paye pour écrire de telles choses.)
09:50 Publié dans BRÈVES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : moncul, monluc, trou, var, canicule, humour, récit
mercredi, 28 mars 2007
Nouvelles de la France d'en bas, à droite.
Le 10/01/2007, l'institut CSA à sondé 500 Toulonnais (sur 180 000 habitants) sur les présidentielles de 2007. Sondage réalisé d’après la méthode des quotas et que l’on peut trouver en totalité sur la page http://www.csa-fr.com/dataset/data2007/opi20070107a-intentions-de-vote-a-l-election-presidentielle-de-2007-en-region-paca.htm.
J’en ai tiré deux situations. Si au deuxième tour, on a Sarko contre Le Peno, l’un ferait 79% et l’autre 21%. Même proportion qu'à la dernière présidentielle, tellement traumatisante. Avec 27% d’abstention.
Dans le cas où Ségo se retrouve face au Le Peno, les chiffres sont 57% contre 43%. Comme les sondeurs le précisent, ces chiffres sont précis à 3 ou 4 points près. Ça veut dire que, grosso modo, 50% des Toulonnais voteraient pour Le Peno.
Toulon, ville libérée en 45 par une armée constituée de Nord-Africains, d’Africains, de Guyanais, d’Indonésiens…, a été la seule grande ville à élire un maire FN (1995-2001), le résultat a été pathétique (voir le site de la ldh de Toulon : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article52
Apparemment, ça ne leur a pas servi de leçon, ils ont aimé, ils veulent du rab. J’en croise plein des gens qui ont le cerveau gangrené par les idées si simples de Le Pen. Des petits commerçants, des plus gros, des prolos, des retraités, des pauvres, des clodos, etc.… Et même, je dialogue avec certains, mais jamais ils n’oublient de stigmatiser le « gris » à un moment où un autre de la discussion ; en général, je la clos et me tire illico.
Quand j’en vois, de loin, deux ou trois du quartier qui papotent longuement, je me pose des questions sur leur sujet du jour. Oui, je sais, j’ai du temps à perdre, mais c’est parce que je suis r’miste. Pour moi, le temps ce n’est pas de l’argent.
« Hein, hein ? Tu crois pas qu’il y en a trop ? Non, hein ? Ils passent toujours devant nous ? Ma femme, elle a été dans le coma durant 4 jours, ils l’ont sortie des soins intensifs et ils l’ont ramenée directement à la maison. Elle avait droit à une maison de repos, mais il y avait plus de place. Les « gris », ils ont tout et nous on a rien ! »
C’est un voisin, un brave type, comme on dit, peuchère. Pour lui, tout est de la faute aux « gris » (avant c’était les « melons »). Il est invalide depuis une opération ratée (AAH), sa femme n’a pas été gâtée (AAH), ils ont quatre gosses, le malheur s’est acharné sur eux, ils vivent du RMI et d’aides diverses, et à qui ils s’en prennent ? Aux « gris » !
C’est du domaine de l’irrationnel, comme un lavage de cerveau, comme gouroutisé. Ils vont chercher de l’aide alimentaire chez «Solidarité Française», entre franchouillards pauvres et doivent lire les pub et revues du FN qui traînent là. Cinq voix pour Le Pen, car une mineure dans la famille. Tous les jours, je passe devant chez eux et quand il est à la fenêtre, je lui dis bonjour.
Croyez-le ou pas, et bien je le plains, je ne devrais pas, ils votent Le Pen, je sais. Mais, comment peut-il imaginer qu’un immigré veuille lui prendre sa place ? Qui voudrait de sa place ?
11:10 Publié dans BRÈVES | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, presidentielle, ecriture, haine, jmlp, récit, elections




