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mardi, 23 janvier 2007

la boîte en carton

Il y a deux ans, j'étais assis face à une employée de la Sécu, afin de régler un problème anodin. Tout se passait bien, j'avais les papiers qu'elle me réclamait, elle s'est absentée pour photocopier tout ça.

À ma droite, sur une autre chaise, il y avait un vieil ouvrier agricole arabe, qui avait fait 20 km en bus pour arriver ici. Ce n'était pas la première fois qu'il venait. J'ai entendu tous ces renseignements malgré moi, impossible de fermer les oreilles. À ses pieds, il y avait un carton rempli de papiers,  tous bien classés verticalement.

Chaque fois que l'employée de la Sécu lui réclamait un imprimé, il disait oui d'un hochement de tête : il se baissait et au bout d'un moment, plus ou moins long, il se relevait et souriait en lui tendant le papier demandé. Ce mouvement se répéta six fois.
Je ne sais si c'était dû à mon imagination ou à mon état d'esprit du moment, mais j'avais l'impression que ça irritait la fonctionnaire, maussade ce jour-là, de ne pouvoir coincer le petit vieux, il avait tous les papiers cette fois. Son visage à lui reflétait le bonheur.

Dehors, il m'expliqua que chaque fois on lui réclamait un document qu'il n'avait pas ; mais que ce temps était révolu, sa vie était dans cette boîte, elle l'accompagnait dans tous les bureaux.

vendredi, 12 janvier 2007

BRAQUAGE TÉLÉGUIGÉ [Nouvelle 12 - Fin]

Toutes les nouvelles dans l'ordre.

 

— Calmez-vous, c’est ça, restez calme, je vous en prie, c'est dans votre intérêt. Si vous restez maîtres de vos nerfs, tout se passera bien, croyez-moi. Je suis très calme moi, non ? Où est passé le directeur habituel, en vacances ? Vous le remplacez depuis deux jours, c’est ça ? Il me regarda en posant la dernière question.
Il devait surveiller la banque depuis un moment…

Moi, je voyais enfin ce qui avait traumatisé la clientèle, il avait déposé un modèle réduit de voiture 4x4. La maquette téléguidée tractait une mallette qui reposait sur quatre roulettes, un peu comme une caravane.
Six bâtons de dynamite étaient scotchés autour du véhicule, un haut-parleur et un micro étaient fixés sur le pare-chocs avant. C'était grâce à ce système qu'on pouvait l’entendre. Une boîte translucide, grosse comme un paquet de cigarettes, remplie de composants électroniques et une led rouge qui clignotait sur le dessus, devait être le détonateur.
L'homme se tut un instant, il attendait que mon cerveau emmagasine les informations et soit en mesure de bien appréhender la situation. Il porta son portable à l’oreille.
— Ce n’est qu’un micro, grâce à lui je vous entends et vous pouvez me répondre. Dans ma main droite, il y a la télécommande pour le jouet — il la laissait dans la poche — on n’arrête pas le progrès.

D'après lui, la situation était limpide, soit j'obéissais et tout se passait pour le mieux. Soit, je faisais le «con» et alors, lui aussi : il nous ferait exploser. La disparition ou la mutilation de deux vieilles et d'un obscur caissier ne serait pas un grand traumatisme pour la société, à qui manquerions-nous vraiment ? Ce commentaire venant de lui.

Mes compagnes se sont calmées rapidement, c'est tout en leur honneur. Elles se sont affalées sur les fauteuils et elles priaient doucement. Lui était toujours très zen, comme s'il jouait un rôle au cinéma ; il jouait avec nos nerfs. Il a eu l'occasion de nous prouver son sang froid. Il ouvrit la bouche et dit :
— Bien…
Puis, le silence, il recula prestement, et partit s'asseoir au volant d'une auto qu'il avait garée, en face de la porte, ce qui lui permettait de ne pas nous quitter des yeux. L'enfoiré,  moi un directeur, moi un obscur caissier.

— Écoutes bien banquier, une femme s'approche et je ne sais pas encore si elle compte rentrer dans ta banque. Si jamais elle manifeste ce désir, je veux que tu actionnes illico ton système, compris, même que tu la précèdes dans son geste, OK ? Elle sonne, ça s'ouvre ! Si elle entre, vous la calmez, je vous donne une minute pour le faire.

Le petit 4x4 avança de dix centimètres, pour nous impressionner. Tous les trois, on a fait un bon en arrière et en chœur, on a dit qu'on était d'accord pour collaborer. Il pouvait nous suivre dans tous les recoins de l'agence avec ses explosifs.
La femme est entrée, c'était une bonne cliente, je l'ai installée sur un fauteuil et en cinquante secondes elle avait tout compris, elle ne bougea plus. Malgré la climatisation, on transpirait.

Il nous a félicités, il était heureux d'être tombé sur des gens intelligents, ça venait du cœur, c'était sincère. Après on a accéléré, écoutant ses instructions, j'ai soulevé la mallette et je l'ai ouverte; à l'intérieur, bizarrement, il y avait des élastiques auxquels étaient attachées des clochettes. Il y en avait une vingtaine, il me demanda de m'en passer une à tous les membres ; les autres furent glissées à chacun des bras et jambes des trois femmes, on se demandait ce qu'il avait en tête. On a compris à la fin.

J'ai rempli la mallette, il y avait environ trente mille euros ; c'est vendredi et les commerçants déposent avant le week-end, puis je l’ai refermée. Il m'a demandé de la décrocher délicatement du 4x4 et de lui porter à la voiture — j’ai vu la télécommande des explosifs dans sa main — et de rentrer aussitôt. J'ai tout fait et le plus rapidement possible, j'étais pressé qu'il parte.

J'étais dans l'agence avec mes trois compagnes et le 4x4, l'homme avait récupéré sa valise. Une dernière fois, il nous parla.

— Vraiment, je tiens à vous remercier pour votre tenue. Dans dix minutes, je serais trop loin de vous pour la puissance de mon émetteur, le détonateur deviendra  inoffensif.  Vous pourrez sortir sans crainte à ce moment-là. N’oubliez pas d’ôter les clochettes, pour le ridicule. En attendant, vous vous asseyez tous les trois autour de la maquette et surtout vous ne bougez plus durant ces dix minutes, car si j’entends le moindre tintement dans mon écouteur, je n'hésiterais pas à déclencher la machine infernale. Ciao.

Vous vous rendez compte, s'il avait eu un accident de la circulation et que ça se déclenche tout se
ul ? Je pense que tout cela n’a pas duré plus de cinq minutes, pas une de plus !

— Monsieur le Directeur, ces explosifs sont faux, vous ne le voyez pas ? C’est du plâtre.


— Mais moi, je suis banquier, pas commando démineur, monsieur l’Inspecteur.



FIN

samedi, 06 janvier 2007

BRAQUAGE TÉLÉGUIGÉ [Nouvelle 12 - Part 01]

Toutes les nouvelles dans l'ordre.

 

Vous auriez fait quoi vous, à ma place ? Je vous le demande ? Vous savez, l'été il y a des heures creuses dans le Sud. Elles se vident vers treize heures, et ne se remplissent que vers les seize heures passées ; elles coïncident avec les heures de fermeture des commerces. Durant ce laps de temps, les rues sont carrément désertes, il fait trop chaud pour déambuler.


Mais nous à la banque, on a des horaires à l'année, pas à la saison, et c’est bien dommage. Les espagnols, quoiqu’on en pense, ont résolu le problème, ils travaillent tôt et font la sieste durant la grosse chaleur.


L'agence ouvre à quatorze heures et des fois, vous allez pas le croire, y a déjà un client qui attend devant le sas, en plein soleil, quand j'arrive pour ouvrir. Le Directeur est en vacances pour un mois, mais il m’avait un peu décrit la clientèle, il y a des habitués vous savez. Sincèrement, je n’ai pas de chance, seulement deux jours et ça tombe sur moi.


C’était le cas aujourd'hui, car sinon je n’en aurais pas parlé, il y avait madame André qui languissait. Je me demande ce qu'elle a dans la tête, à préférer attendre l'ouverture au soleil de deux heures, alors qu'elle sait qu'il n'y a pratiquement pas de client jusqu'à seize heures.


Elle veut être la première à profiter de l'air conditionné du bureau où alors elle s’ennuie à la maison. Elle a la tête pleine de la violence vue à la TV, son cerveau mélange la réalité et les fictions. Je fais un remplacement dans cette succursale, comme vous le voyez, je suis originaire de Martinique.


Elle est bien enrobée cette dame, sa peau était écarlate avec des veines violacées et ses aisselles commençaient à mouiller le tissu rose de sa robe. « Oh, Bamboula, j’étais avant vous ! »*, qu’elle m’a dit quand je suis passé devant elle pour ouvrir. Je ne l’ai pas regardée. Alors, elle a bafouillé:

— Excusez-moi, mes plus plates excuses... mais on en voit tellement... à la télé.

— Faut sortir madame. Je suis directeur et je soigne votre compte comme celui des autres. 


Je me suis installé à mon fauteuil, j'ai débranché le système d'alarme et je me suis adressé à l’amère André. À ce moment, une autre dame a sonné ; après avoir observé son apparence sur l'écran de contrôle, je lui ai ouvert la porte en appuyant sur le bouton adéquat, elle s'est dirigée tout droit vers un fauteuil et s’y est collée en pestant contre la canicule.


Madame André voulait retirer 2 000 euros et, aussi, avoir le solde de son compte épargne. J'en étais au premier stade de ses demandes, c'est-à-dire à compter 1000 euros en billets de 50 ; vingt billets que peu de main avait dû toucher jusque-là, vu qu'ils étaient neufs.


J'allais passer aux suivants quand on sonna ; furtivement j'ai regardé l'écran de contrôle, tout en incrustant la somme de mille euros dans ma mémoire afin de m'éviter de recommencer à zéro.
Bien sûr, j'ai vu l’homme, mais son attitude m'a paru satisfaisante. On suit une formation succincte à la banque, comment évaluer un faciès en peu de temps ; ce n’est pas le nom exact, c’est avec des consonances plus techniques, plus sérieuses, mais ça veut dire la même chose.


Vous savez, tout cela s’est passé en quelques secondes, je mets tant de temps à le relater qu'on pourrait croire que ça s'est éternisé, mais dans la réalité ce fut bref. En fait, je ne me souviens pas du tout de son visage. Sur l'instant, j'ai appuyé sur la commande d'ouverture de porte, et j'ai repris à 1000 avec madame André. Arrivé à 2000, elle s'est mise à hurler et la cliente installée sur le fauteuil a fait de même.


J'avoue que sur le coup je n'ai rien compris à ces cris, car j'étais vraiment sûr de moi, 40 billets de 50, ça fait bien 2000. Pas la peine d’hurler m’dame André, pensais-je alors. J'ai repris la liasse de billets afin de la recompter une deuxième fois et, là en levant la tête, je me suis aperçu qu’elle ne me regardait pas, elle fixait le sol au pied de la porte d'entrée et continuait à pousser des cris très aigus.


Le type qui avait sonné n'était pas vraiment entré, enfin il était entré, avait posé un objet au sol et était ressorti aussitôt. Je ne l’ai pas vu en action, pas tout vu, mais j'ai vite compris.


D’ailleurs, il n'était pas bien loin, il était posté sur le trottoir, debout devant la porte vitrée de l’agence. Bien sûr j'ai eu un temps de réaction plus lent que mes deux clientes, car j'étais derrière le guichet et je ne voyais des gens que leur tronc.


Je me suis levé, j'ai fait le tour et j'ai vu, et j'ai failli hurler moi aussi. Ce qui m'a calmé instantanément, c'est d'entendre la voix calme du type, je voyais ses lèvres articuler les mots que nos oreilles captaient très bien à l'intérieur, alors qu'il y avait des vitres insonorisées entre nous.

 

* une variante d'une scène que je raconte plus loin dans "Erreur sur la personne". 

 

(à suivre) 

mercredi, 03 janvier 2007

Charité chrétienne quand tu nous tiens...

Et oui, mes très chers frères :
  
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Mais, faut pas exagérer quand même,
lisez la prière du soir :
 
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Et, allez mendier ou dormir ailleurs !
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Amen ! 
 
 
 
 
 

mardi, 02 janvier 2007

A tes souhaits 2007, Lilli.