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dimanche, 08 octobre 2006

LA CURE [Nouvelle 04 Part 1]

medium_lezard.2.jpg Le gros lézard vert n’en revenait pas. Il s’était forgé, avec l’aide du temps, une piètre opinion des êtres humains. Cette fois encore, cette espèce se révélait égale à elle-même. Jusqu’ici chaque contact, établi entre eux et lui, s’était soldé par une tentative d’amputation de ce qui faisait le plus sa fierté, sa queue. Durant leur enfance, les hommes voulaient vérifier si elle repoussait vraiment.

Comme si ce geste correspondait à un stade bien précis dans leur cheminement initiatique. D’où tenaient-ils cette sotte obsession, sinon de leurs aînés; qu’attendre de telles créatures, si violentes et primitives ? Rien, bien sûr, c’est ce qu’il faisait d’ailleurs, il n’attendait rien sinon un insecte à gober.

Pourtant, malgré cette belle indifférence, ils avaient réussi à le surprendre une fois encore.

Ce jour de juillet, il suivait nonchalamment les méandres d’une départementale de l’arrière-pays varois. La route ondulait au milieu d’une forêt de chênes-liège. Le soleil commençait à trouver le temps long, il attendait la lune tout en éclairant paresseusement ces dernières heures qu’il se devait d’assurer. C’était le contrat, depuis le premier jour.

medium_MK_II.jpg C’est à ce moment-là, que le petit reptile entendit des pneus crisser sur les gravillons ; la voiture passa tout près de ses pattes, une grosse Jaguar MK II, vert anglais métallisé, avec des roues à rayons. Il n’avait pu apercevoir le chauffeur, il se demandait même s’il y avait quelqu’un au volant.

Conducteur ou pas, l’auto quitta la route. La séparation fut définitive, et très violente pour le véhicule, qui s’encastra dans un grand chêne, arbre reconnu pour sa solidité, celui-là était bien bicentenaire.

Le lézard regardait la scène très attentivement, un détail le choquait. Travaillant par élimination, il trouva l’erreur ; elle lui apparut énorme. Que venaient donc faire des pleurs de bébé d’homme ? Il les avait entendus ces sanglots, et ce, dès l’instant où l’auto était arrivée à sa hauteur et jusqu’à celui où elle s’était écrasée sur l’arbre. Un nouveau-né avait pleuré avant de se taire, il en était certain.

L’arbre, intempestivement secoué, lâcha une averse de glands sur la carrosserie. Ils produisaient des sons différents selon leur taille et les parties qu’ils atteignaient. Improvisant un rythme primitif et basique qui atteignait, au plus profond de lui-même, le reptile à pattes. D’une démarche saccadée, chaloupée, épousant élégamment le tempo temporaire des glands devenus musiciens, il s’approcha de la limousine dans le but d’apercevoir l’enfant. Las, un début d’incendie dans le moteur l’en dissuada.

Le lendemain, les journalistes de la gazette locale faisaient preuve de leur manque de créativité. Une photo et un texte sur deux colonnes rendaient compte sobrement de cet étrange fait divers. L’ensemble, aimablement fourni par la Gendarmerie :

« Horreur sur la départementale », criait le titre. Le texte suivait, « Les gendarmes ont fait une bien macabre découverte sur le siège du conducteur d’une automobile de luxe de marque anglaise […] en effet un fœtus de sexe féminin à demi consumé […] recherche du propriétaire […] une sombre énigme à résoudre pour nos fins limiers […] Peut-être une intervention divine ou extra-terrestre… », suggérait en final, l’auteur de l’article, qui avait interviewé deux villageois.

Naturellement pas un mot du lézard, on le comprend bien ; lui-même avait du mal à le faire, à le comprendre, du coup il se mit dans la tête qu’il avait affaire à des journalistes incompétents, plus de collaboration que d’investigation ; ce qui conforta, s’il en était besoin, sa répugnance pour l’humain.

Cette limousine anglaise, avant de la voir finir dans un arbre, il l’avait déjà croisée en début d’après-midi. Elle était garée devant une chapelle abandonnée, une future ruine, bordée par des ronces et située au sommet du massif.

L’endroit était le plus souvent désert. Son ordinaire n’étant épicé que par les visites de couples préférant ce lieu bucolique au morne cadre d’un l’hôtel. Il en avait vu le lézard, il avait une langue très longue, mais très fine, pas assez large pour parler, juste satisfaisante pour siffler.

Il avait entendu la voix d’une femme, elle semblait très excitée. Une voix de géant lui répondait. Malgré les lieux, il ne se fit pas prier et, écoutant sa peur, il s’en alla.
Pour ces diverses raisons, il ne faut pas compter sur lui pour nous conter ce qu’il s’est passé entre la chapelle et l’accident, son rôle s’arrête ici.

C’est déjà pas mal pour un lézard !

 

(à suivre) 

Commentaires

On attend, du lézard, la reptation suivante.

Écrit par : MuMM | dimanche, 08 octobre 2006

ah, suite... quand ? a l'an qué ven ? pfff !

Écrit par : bali balo | lundi, 09 octobre 2006

@MuMM
Reptation, voila un mot qu'on a pas l'occasion d'utiliser souvent dans la vie courante.
@bali balo
pfff, toi même!

Voilà la suite et fin.
Merci à tous les deux de me lire

Écrit par : areuh | mardi, 10 octobre 2006

Les commentaires sont fermés.